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Frühere Französisch-Sprachklausuren


10. April 2001 – Isabel Platthaus

Roland Barthes: La chambre claire. Note sur la photographie. Paris (Gallimard Seuil) 1980.

La Photographie ne dit pas (forcément) ce qui n’est plus, mais seulement et à coup sûr, ce qui a été. Cette subtilité est décisive. Devant une photo, la conscience ne prend pas nécessairement la voie nostalgique du souvenir (combien de photographies sont hors du temps individuel), mais pour toute photo existant au monde, la voie de la certitude: l’essence de la Photographie est de ratifier ce qu’elle représente. J’ai reçu un jour d’un photographe une photo de moi dont il m’était impossible, malgré mes efforts, de me rappeler où elle avait été prise; j’inspectais la cravate, le pull-over pour retrouver dans quelle circonstance je les avais portés; peine perdue. Et cependant, parce que c’était une photographie, je ne pouvais nier que j’avais été (même si je ne savais pas ). Cette distorsion entre la certitude et l’oubli me donna une sorte de vertige, et comme une angoisse policière (le thème de Blow-up1 n’était pas loin); j’allai au vernissage comme à une enquête, pour apprendre enfin ce que je ne savais plus de moi-même.

Cette certitude, aucun écrit ne peut me la donner. C’est le malheur (mais aussi peut-être la volupté) du langage, de ne pouvoir s’authentifier lui-même. Le noème2 du langage est peut-être cette impuissance, ou, pour parler positivement: le langage est, par nature, fictionnel; pour essayer de rendre le langage infictionnel, il faut un énorme dispositif de mesures3: on convoque la logique, ou, à défaut, le serment; mais la Photographie, elle, est indifférente à tout relais: elle n’invente pas; elle est l’authentification même; les artifices, rares, qu’elle permet, ne sont pas probatoires; ce sont, au contraire, des truquages: la photographie n’est laborieuse que lorsqu’elle triche. C’est une prophétie à l’envers: comme Cassandre, mais les yeux fixés sur le passé, elle ne ment jamais: ou plutôt, elle peut mentir sur le sens de la chose, étant par nature tendancieuse, jamais sur son existence. Impuissante aux idées générales (à la fiction), sa force est néanmoins supérieure à tout ce que peut, a pu concevoir l’esprit humain pour nous assurer de la réalité – mais aussi cette réalité n’est jamais qu’une contingence (« ainsi, sans plus »).

1 Blow-up – Film von Michelangelo Antonioni.
2 le noème – das Noema –> griechisch nóema: Gedanke, Sinn, geistig Wahrgenommenes.
3 un dispositif de mesures – Aufgebot an Maßnahmen.

Siehe auch: Beispielübersetzung.

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12. Oktober 2000 – Susanne Zepp

André Gide: Les Faux-Monnayeurs. Paris (Édition Gallimard) 1925, Chapitre VII.

Édouard somnole; ses pensées insensiblement prennent un autre cours. Il se demande s’il aurait deviné, à la seule lecture de la lettre de Laura, qu’elle a les cheveux noirs? Il se dit que les romanciers, par la description trop exacte de leurs personnages, gênent plutôt l’imagination qu’ils ne la servent et qu’ils devraient laisser chaque lecteur se représenter chacun de ceux-ci comme il lui plaît. Il songe au roman qu’il prépare, qui ne doit ressembler à rien de ce qu’il a écrit jusqu’alors. Il n’est pas assuré que Les Faux-Monnayeurs soit un bon titre. Il a eu tort de l’annoncer. Absurde, cette coutume d’indiquer les « en préparation  », afin d’allécher les lecteurs. Cela n’allèche personne et cela vous lie ... Il n’est pas assuré non plus que le sujet soit très bon. Il y pense sans cesse et depuis longtemps mais il n’en a pas écrit encore une ligne. Par contre, il transcrit sur un carnet ses notes et ses réflexions.

Il sort de sa valise ce carnet. De sa poche, il sort un stylo. Il écrit:

« Dépouiller le roman de tous les éléments qui n’appartiennent pas spécifiquement au roman. De même que la photographie, naguère, débarrassa la peinture du souci de certaines exactitudes, le phonographe nettoiera sans doute demain le roman de ses dialogues rapportés, dont le réaliste souvent se fait gloire. Les événements extérieurs, les accidents, les traumatismes, appartiennent au cinéma; il sied que le roman les lui laisse. Même la description des personnages ne me paraît point appartenir proprement au genre. Oui vraiment, il ne me paraît pas que le roman pur (et en art, comme partout, la pureté seule m’importe) ait à s’en occuper. Non plus que ne fait le drame. Et qu’on ne vienne point dire que le dramaturge ne décrit pas ses personnages parce que le spectateur est appelé à les voir portés tout vivants sur la scène; car combien de fois n’avons-nous pas été gênés au théâtre, par l’acteur, et souffert de ce qu’il ressemblât si mal à celui que, sans lui, nous nous représentions si bien. – Le romancier, d’ordinaire, ne fait point suffisamment crédit à l’imagination du lecteur. »

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13. April 2000 – Martin v. Koppenfels

Honoré de Balzac: Le Père Goriot. (1834).

Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marceau. Cette pension, connue sous le nom de la Maison Vauquer, admet également des hommes et des femmes, des jeunes gens et des vieillards, sans que jamais la médisance ait attaqué les mœurs de ce respectable établissement. Mais aussi depuis trente ans ne s’y était-il jamais vu de jeune personne1, et pour qu’un jeune homme y demeure, sa famille doit-elle lui faire une bien maigre pension. Néanmoins, en 1819, époque à laquelle ce drame commence, il s’y trouvait une pauvre jeune fille. En quelque discrédit que soit tombé le mot drame par la manière abusive et tortionnaire dont il a été prodigué dans ces temps de douloureuse littérature, il est nécessaire de l’employer ici: non que cette histoire soit dramatique dans le sens vrai du mot; mais, l’œuvre accomplie, peut-être aura-t-on versé quelques larmes intra muros et extra2. Sera-t-elle comprise au delà de Paris ? le doute est permis. Les particularités de cette scène pleine d’observations et de couleurs locales ne peuvent être appréciées qu’entre les buttes de Montmartre et les hauteurs de Montrouge3, dans cette illustre vallée de plâtras incessamment prés de tomber et de ruisseaux4 noirs de boue; vallée remplie de souffrances réelles, de joies souvent fausses, et si terriblement agitée qu’il faut je ne sais quoi d’exorbitant pour y produire une sensation de quelque durée. Cependant il s’y rencontre çà et là des douleurs que l’agglomération des vices et des vertus rend grandes et solennelles: à leur aspect, les égoïsmes, les intérêts, s’arrêtent et s’apitoient; mais l’impression qu’ils en reçoivent est comme un fruit savoureux promptement dévoré. Le char de la civilisation, semblable à celui de l’idole de Jaggernat5, à peine retardé par un cœur moins facile à broyer que les autres et qui enraye6 sa roue, l’a brisé bientôt et continue sa marche glorieuse. Ainsi ferez-vous, vous qui tenez ce livre d’une main blanche, vous qui vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant: Peut-être ceci va-t-il m’amuser.

1 jeune personne: hier „junges Mädchen“.
2 intra muros et extra: die lat. Floskel (hier etwa „innerlich und äußerlich“) kann unübersetzt übernommen werden.
3 entre les buttes de Montmartre et les hauteurs de Montrouge: d.h. im (damaligen) Stadtgebiet von Paris.
4 ruisseaux: hier „Gosse“.
5 Jaggernat: Name eines indischen Gottes (Jaggannatha), dessen Kultbild auf einem riesigen Triumphwagen aus dem Tempel gerollt wurde, wobei häufig Gläubige zu Tode kamen, die sich in religiöser Ekstase vor den Wagen warfen.
6 enraye: „bremsen“.

Hinweis: Die zahlreichen Pariser Ortsnamen müssen natürlich nicht übersetzt werden.

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14. Oktober 1999 – Oliver Lubrich

Alexander von Humboldt: Relation historique du Voyage aux Régions équinoxiales du Nouveau Continent. Fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804 par Al. de Humboldt et A. Bonpland, rédigé par Alexandre de Humboldt. Neudruck des 1814-1825 in Paris erschienenen vollständigen Originals, besorgt, eingeleitet und um ein Register vermehrt von Hanno Beck. 3 Bände. Stuttgart (Brockhaus) 1970, Band III, Kapitel XXIX, S. 546-547.

Aujourd’hui, les relations de voyages en Amérique se sont singulièrement multipliées. Les événemens politiques ont conduit dans les pays qui se sont donné des institutions libres un grand nombre de personnes trop empressées peut-être de publier leurs journaux en revenant en Europe. Ils ont décrit les villes, où ils ont résidé, et l’aspect de quelques sites remarquables par la beauté du paysage: ils ont fait connoître le vêtement et la nourriture des habitans, les différens modes de voyager, en pirogue, en mulet, ou à dos d’homme. Ces ouvrages, dont plusieurs sont agréables et instructifs, ont familiarisé les peuples de l’Ancien-Monde avec ceux de l’Amérique espagnole, depuis Buénos-Ayres et le Chili jusqu’à Zacatecas et le Nouveau-Mexique. Il est à regretter que le manque d’une connoissance approfondie de la langue espagnole, et le peu de soin qu’on a pris de saisir les noms des lieux, des rivières et des tribus, ait causé les méprises les plus étranges; il est affligeant aussi (et les habitans de l’Amerique méridionale ont surtout à s’en plaindre) que, dans un langage sans dignité et sans goût, les mœurs des habitans aient été peintes de la manière la plus injuste et la plus dédaigneuse. Touchant avec légéreté à ce qu’il y a de plus sérieux dans la nature humaine, voulant caractériser les peuples comme on caractérise des individus, on a fait revivre de nos jours, dans quelques relations de voyage, ces énumérations de vices et de vertus qui défiguroient les anciens traités de géographie, et qui ne sont fondées que sur le vague des croyances populaires. On a oublié que les grandes sociétés humaines, en ce qu’il y a de généreux ou de pervers dans leurs penchans, offrent toutes un certain air de famille, et qu’elles ne se distinguent les unes des autres que par des nuances graduées, par la prépondérance de quelques facultés intellectuelles, de quelques dispositions de l’âme dont le déréglement constitue ce qu’on appelle les défauts du caractère national.

[...]

Les guerres de l’indépendance ont ouvert ces belles régions du globe à l’industrie et au commerce de l’Europe; mais les livres qui ont paru depuis sur la république de Colombia et sur le Pérou, ont été composés par des personnes que leurs occupations, et peut-être aussi l’état de leurs connoissances, ne mettoient pas à même de répandre du jour sur la géographie physique des contrées qu’elles ont visitées. J’ai supprimé, dans la rédaction de mon journal, tout ce qui a déjà été dit sur l’aspect et la construction des villes, le vètement des différentes castes, le matériel de la vie commune, et les moyens de transport. Je me suis sartout abstenu de cette polémique qui rend la lecture des voyages si fatigante. Désirant ardemment éviter l’erreur, je ne me suis point occupé des opinions de ceux qui ont écrit sur le même sujet. J’ai désiré conserver à la relation de mon voyage son indépendance de circonstances passagères, et le caractère qui lui est propre, celui d’un ouvrage de science.

Siehe auch: Beispielübersetzung.

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15. April 1999 – Uta Werner

Charles Baudelaire: „La Modernité“.
aus: Charles Baudelaire: „Le Peintre de la vie moderne“.
in: Le Figaro. 1863.

Ainsi il va, il court, il cherche. Que cherche-t-il? À coup sûr, cet homme, tel que je l’ai dépeint, ce solitaire doué d’une imagination active, toujours voyageant à travers le grand désert d’hommes, a un but plus élevé que celui d’un pur flâneur, un but plus général, autre que le plaisir fugitif de la circonstance. Il cherche ce quelque chose qu’on nous permettra d’appeler la modernité1; car il ne se présente pas de meilleur mot pour exprimer l’idée en question. Il s’agit, pour lui, de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire. Si nous jetons un coup d’œil sur nos expositions de tableaux modernes, nous sommes frappés de la tendance générale des artistes à habiller tous les sujets de costumes anciens. Presque tous se servent des modes et des meubles de la Renaissance, comme David se servait des modes et des meubles romains. Il y a cependant cette différence, que David, ayant choisi des sujets particulièrement grecs ou romains, ne pouvait pas faire autrement que de les habiller à l’antique, tandis que les peintres actuels, choisissant des sujets d’une nature générale applicable à toutes les époques, s’obstinent à les affubler des costumes du Moyen Âge, de la Renaissance ou de l’Orient. C’est évidemment le signe d’une grande paresse; car il est beaucoup plus commode de déclarer que tout est absolument laid dans l’habit d’une époque, que de s’appliquer à en extraire la beauté mystérieuse qui y peut être contenue, si minime ou si légère qu’elle soit. La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable.

1 keine Erläuterung!

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15. Oktober 1998 – Martin v. Koppenfels

Albert Camus: L’Étranger.

En montant, dans l’escalier noir, j’ai heurté le vieux Salamano, mon voisin de palier. Il était avec son chien. Il y a huit ans qu’on les voit ensemble. L’épagneul a une maladie de peau, le rouge, je crois, qui lui fait perdre presque tous ses poils et qui le couvre de plaques et de croûtes brunes. À force de vivre avec lui, seuls tous les deux dans une petite chambre, le vieux Salamano a fini par lui ressembler. Il a des croûtes rougeâtres sur le visage et le poil jaune et rare. Le chien, lui, a pris de son patron une sorte d’allure voûtée, le museau en avant et le cou tendu. Ils ont l’air de la même race et pourtant ils se détestent. Deux fois par jour, à onze heures et à six heures, le vieux mène son chien promener. Depuis huit ans, ils n’ont pas changé leur itinéraire. On peut les voir le long de la rue de Lyon, le chien tirant l’homme jusqu’à ce que le vieux Salamano bute. Il bat son chien alors et il l’insulte. Le chien rampe de frayeur et se laisse traîner. À ce moment, c’est au vieux de le tirer. Quand le chien a oublié, il entraîne de nouveau son maître et il est de nouveau battu et insulté. Alors, ils restent tous les deux sur le trottoir et ils se regardent, le chien avec terreur, l’homme avec haine. C’est ainsi tous les jours. Quand le chien veut uriner, le vieux ne lui en laisse pas le temps et il le tire, l’épagneul semant derrière lui une traînée de petites gouttes. Si par hasard le chien fait dans la chambre, alors il est encore battu. Il y a huit ans que cela dure. Céleste dit toujours que « c’est malheureux », mais au fond, personne ne peut savoir. Quand je l’ai rencontré dans l’escalier, Salamano était en train d’insulter son chien. Il lui disait: « Salaud ! Charogne ! » et le chien gémissait. J’ai dit: « Bonsoir », mais le vieux insultait toujours. Alors je lui ai demandé ce que le chien lui avait fait. Il ne m’a pas répondu. Il disait seulement: « Salaud ! Charogne ! » Je le devinais, penché sur son chien, en train d’arranger quelque chose sur le collier. J’ai parlé plus fort. Alors sans se retourner, il m’a répondu avec une sorte de rage rentrée: « Il est toujours là. » Puis il est parti en tirant la bête qui se laissait traîner sur ses quatre pattes, et gémissait.

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